Michel-ROCARD

HOMMAGE A MICHEL ROCARD , un modèle de social-démocrate

Ce samedi 2 juillet 2016, nous avons appris avec tristesse et nostalgie (déjà), la disparition à l’âge de 85 ans de Michel Rocard, ancien premier Ministre français. Mais, pour nous, il était surtout un social-démocrate authentique et un homme de conviction ; l’homme du « parler vrai » ; un homme de droiture.

Michel Rocard, homme de convictions, s’en est allé !

En près de 70 ans d’engagement politique, Michel Rocard n’a eu qu’une seule boussole : ses convictions ; pour lui, celles-ci ne faisaient qu’un avec l’amour de sa patrie.

Michel Rocard, l’homme de conviction, s’est révélé très tôt. En 1946, après son baccalauréat scientifique, alors que son père, physicien de renom, le destinait à une carrière scientifique comme la sienne, il choisit une autre voie, celle qui le mena à l’engagement politique : Etudes de lettres, Institut d’Etudes Politiques et Ecole Nationale d’Administration. L’homme de conviction est né, il le restera toute sa vie.

En 1949, étudiant à Sciences-Po, il s’engagea dans la mouvance socialiste et entra à la SFIO (ancêtre du PS). Il prit la tête de l’Association des Etudiants Socialistes. Mais, il aura toujours été un socialiste humaniste et non doctrinaire, un socialiste du réel et non un socialiste perdu dans ses rêves du Grand soir. Déjà un social-démocrate.

En 1958, fidèle à ses convictions socialistes, il quitta la SFIO, ne supportant pas les compromissions et reniements de la vieille maison socialiste et ses mensonges sur la guerre d’Algérie. Il participa alors, avec d’autres figures de gauche opposées à la guerre d’Algérie, à la création du Parti Socialiste Autonome (PSA) devenu Parti Socialiste Unifié (PSU). Il a préféré se réfugier, avec ses convictions, dans un groupuscule de gauche, que rester dans la vieille maison socialiste.

Enfin, en 1985, Michel Rocard, alors Ministre du Plan sous la Présidence de Mitterrand, démissionna du gouvernement français pour marquer son désaccord à l’adoption du scrutin proportionnel pour les législatives de 1986, mode de scrutin qui a fait entrer pour la première fois le Front National à l’Assemblée Nationale française. Ses convictions antiracistes et contre l’extrémisme l’emportent sur tout.

Michel Rocard, social-démocrate authentique, s’en est allé !

Michel Rocard est sans doute la figure la plus marquante de la gauche moderne, réformatrice et social-démocrate ; celle qui refuse le sectarisme, le centralisme, l’appropriation collective des moyens de production, la dictature du prolétariat ; celle qu’on appelle la « deuxième gauche », cette gauche du « parler vrai ».

Dés 1966, à une époque où la gauche française restait encore accrochée au dogme marxiste de la nationalisation, Michel Rocard, fort de ses convictions et de sa rigueur intellectuelle, disait haut et fort que la visée à long terme du socialisme n’est pas nécessairement la nationalisation.  En 1977, du haut de la tribune du congrès du Parti Socialiste français, il mit en évidence les « deux cultures » qui irrigue la gauche française en se faisant le héraut de la deuxième culture. Il affirma alors avec force et courage : « la Deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une Première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique. ».

Cette « deuxième gauche » est sans conteste social-démocrate. Elle entend concilier, d’une part, l’efficacité du marché, et, d’autre part, la solidarité nationale et la justice sociale. Elle est participative et décentralisatrice.

C’est en apôtre de cette gauche social-démocrate, que Michel Rocard a été le créateur du Revenu Minimum d’Insertion (RMI) et de la Contribution sociale généralisée (CSG), pendant son passage à la tête du Gouvernement français (1988-1991)

Michel Rocard, homme de droiture, s’en est allé !

L’éthique était au cœur de la pensée et de l’action politique. Sa rigueur morale, sa droiture et son obsession de la vérité ont de tout temps été magnifiés. Ils le seront encore plus aujourd’hui, où il est entré dans l’éternité.

L’éthique a sans doute inspiré le rapport qu’il a écrit, jeune inspecteur des finances, en 1959, sur les conséquences dramatiques du déplacement des populations paysannes pendant la guerre d’Algérie. Ce rapport a alerté les autorités françaises sur la famine qui sévissait dans les camps de regroupement et a sauvé des centaines de milliers de vies humaines.

L’éthique a aussi inspiré cette fameuse méthode Rocard qui ramena la paix civile en Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique, grâce à la signature en 1988 des accords de Matignon qui ont permis aux Indépendantistes et aux anti-indépendantistes d’enterrer la hache de guerre.

Michel Rocard laisse sa trace dans ce monde ; c’est la trace d’un social-démocrate fidèle à ses convictions, exigeant et moral ; celle tout simplement d’un homme politique vertueux, qui a affirmé que « le politique est condamné à échouer s’il tourne le dos à la technicité et à la morale »


Share:

administrateur