illustration XAVIER

« Fiju di Terra. La crise casamançaise racontée à mes enfants »

« Fiju di Terra. La crise casamançaise racontée à mes enfants » de Xavier Diatta est ce que l’on peut appeler un récit de vie, récemment publié par les Editions Injé Ajamaat & Kmanjen. Dans cet ouvrage, l’auteur, ancien aviateur militaire (« récit de vie militaire » donc), revient sur la crise casamançaise. Il parle de celle-ci par expérience militaire, mais aussi en tant que cadre casamançais, membre de la société civile et quelque part aussi comme homme politique.

Les raisons de l’écriture d’un tel ouvrage littéraire sont celles du témoignage, dans une sorte de vérité-réconciliation avant l’heure. Car, Xavier Diatta n’est pas historien, mais un témoin qui n’a pas besoin d’une bibliographie ou de lister ses sources. Quand il raconte son expérience et celles des autres à ses « enfants », il le fait sous le serment de sa mémoire. « Fiju di Terra » commence par une sorte de testament sur les éléments d’ordre personnel renseignant sur l’accouchement de cette œuvre culturelle. Une histoire de famille qui donne sens quelque part au titre secondaire du livre : « La crise casamançaise racontée à mes enfants ». Quelques pages dont on ne s’ennuiera pourtant pas si l’on veut réellement savoir le pourquoi de son témoignage.

Puis vient une histoire de la Casamance réécrite comme mouvement de peuples, et expliquant cette région du Sénégal comme le plus beau « melting pot » de notre nation.

Dans une rigueur toute militaire de progression par étapes vers le sujet essentiel, la partie de l’ouvrage consacrée au  « Conflit Casamançais » dévoile l’histoire sur les origines du conflit, et ce qu’il pense en être les causes. Il revient sur les événements du 26 décembre 1982, les différents procès suite à ces événements ainsi que sur ce triste passé qu’il dénomme « le Diola face à l’inquisition ».

L’injustice n’a jamais cessé de faire la lie de l’action politique. C’est ce que j’ai retenu de la partie du livre que Xavier consacrée à « L’idéologie du complot » permettant de démontrer que la fine fleur casamançaise était devenue « Une promotion stoppée », et d’ainsi construire une idéologie indépendantiste.

J’ai apprécié de mieux apprendre le fort engagement de ces mêmes élites pour mettre fin au conflit armé qui dure depuis si longtemps, avec ses périodes d’accalmie et de résurgence. Elles ne sont pas restées les bras croisés, elles se sont mobilisées pour ramener la paix en Casamance.  « Les Initiatives pour la Paix » ont été nombreuses, menées par la société civile, l’église, les politiques… Bref de tous ceux qui, au souvenir de l’auteur, ont essayé de s’intéresser à la crise. Mais c’est avec une belle lucidité que l’auteur  en retient un sentiment d’illusion en raison de leur extrême durée sans résultat définitif.

La fin de l’ouvrage est autobiographique. On ressent de la douleur lorsque l’on apprend que Xavier, fidèle soldat, a pu faire l’objet de suspicion, et qu’il a payé sa part d’un conflit dont il était totalement étranger, sauf à y réfléchir pour tenter de trouver des solutions de sortie de crise : c’était son droit comme celui de tout autre citoyen sénégalais. Il ne termine pas l’ouvrage sans offrir cette vision à son lecteur et à l’histoire de notre pays.

« Fiju di Terra » fait désormais partie de ces productions culturelles qui enrichissent la réflexion relative à l’histoire mémoire de la Casamance. Le lecteur y découvrira certes la brutalité de la crise casamançaise.  Mais le but recherché est assurément ailleurs, soit développer les principes du dialogue démocratique sous toutes ses formes. Le but est de contribuer à ce combat mené par des intellectuels engagés qui ont pris la ferme résolution de produire des connaissances relatives à la situation casamançaise pour aider à mieux la comprendre pour mieux la résoudre.

Bonne lecture,

Abdoul Mbaye

Ancien Premier Ministre du Sénégal

Président de l’Alliance pour la Citoyenneté et le Travail


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