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Autosuffisance en riz au Sénégal : les premières preuves du mensonge par Waly Diouf

Un certain docteur répondant du nom de Waly Diouf a accusé le Premier ministre Abdoul Mbaye de contre vérités lorsque ce dernier affirme par le titre d’un communiqué publié le 5 décembre 2017 que l’autosuffisance en riz au Sénégal est un « gros mensonge ».

L’intérêt de son article qu’il intitule « les inquiétantes contrevérités de Abdoul Mbaye » aurait sans doute été reconnu s’il y avait démontré que « l’autosuffisance en riz est une vérité au Sénégal ». Ce n’est pas le cas. Il ne répond donc pas à l’essentiel.

La lecture de cet article pseudo-scientifique révèle par contre son fort souci de féliciter le Premier Ministre en exercice pour sa dernière déclaration de politique générale. Il a bien raison de le faire. Car si M. W Diouf est directeur du Programme National d’Autosuffisance en Riz (PNAR), il ne peut qu’être co-responsable des mensonges déplorés par M. Abdoul Mbaye. Dans tout autre pays soucieux de performances et d’émergence, le responsable d’objectifs non atteints (ou de mensonges mis dans la bouche de responsables) aurait été limogé au moment de l’aveu d’échec, de dissimulation ou de mensonge. Mais au Sénégal, être membre de l’APR ou adresser des louages aux chefs, protège contre ses fautes et échecs. Les louages sont bien dans le texte de W Diouf. Ceux qui le connaissent mieux sauront dire s’il est doublement motivé ou pas.

Prenons tout de même la peine de lui apporter quelques remarques afin de l’aider à se remettre dans le sujet évoqué par le communiqué de M. Abdoul Mbaye qui demeure celui de l’autosuffisance en riz du Sénégal en 2017 ou en 2019.
L’autosuffisance en riz suppose une absence d’importations. M. Abdoul Mbaye soutient que ces importations existent toujours et qu’elles existeront en 2017 et en 2019. W Diouf parle de « contre vérités ». On en retient en toute logique que pour lui l’autosuffisance sera donc atteinte à la fin de l’année en cours. 2019 n’est pas encore arrivée mais n’est plus loin ; prenons tous date pour se souvenir de qui était dans la vérité.

M. Abdoul Mbaye demande de préciser les zones du Sénégal où la production de riz s’est envolée pour que des contrôles citoyens puissent être conduits; Wally Diouf assure avec une précision très scientifique « la présence de riz partout au Sénégal » (sic).
Tous, à l’exception de notre bon docteur Diouf, savent que les statistiques qui sont demandées en rapport avec un sujet d’autosuffisance doivent porter sur des chiffres d’importation de riz, et des comparaisons entre la production nationale et ces importations si elles se poursuivent…

Au lieu de cela, le bon docteur Diouf ne produit que des statistiques sur les semences distribuées et fait référence à la grande qualité du PRACAS (Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise) et à sa mise en œuvre source de performances de production.

On s’en étonne, car si comme il le soutient les rendements ne font pas la production, on ne comprend pas comment les semences pourraient la faire.
Mais puisque les seules précisions contenues dans son texte portent sur les semences en relation avec le PRACAS, il est bon de s’y arrêter quelque moment.

Le PRACAS retenait de porter la production de riz paddy du Sénégal à 900 000 T en 2014, contre environ 400 000 T en 2013, ce qui correspond à une augmentation annuelle de 150% (!!!). Du jamais vu au Sénégal ou dans des pays équivalents ! De surcroit, il s’agissait d’un programme défini au début de l’année 2014. Mais tout gros mensonge à besoin de fondements solides : cette envolée de la production en 2014 était indispensable pour l’autosuffisance décidée en 2017 (non pas comme objectif mais comme certitude à vendre politiquement, n’en déplaise au porte parole du Gouvernement). Pour atteindre ce niveau de production, les besoins en semences étaient ainsi évalués : 10 890 T pour la vallée du fleuve Sénégal, 468 tonnes pour celle de l’Anambe, et 9 600 T pour les cultures pluviales. Cela faisait un besoin global de 20 958 T, sous réserve bien entendu de la préparation des terres adéquates, de la disponibilité effective des autres intrants, celle des équipements, etc..

Ce total de 20 958 T doit être comparé aux 5 400 T que Wally Diouf annonce avoir été distribuées. Les distributions cumulées des 3 années suivantes indiquées par le docteur (18 566 T) n’ont même pas atteint cette quantité qui était jugée nécessaire pour atteindre le premier palier de production. Au lecteur de juger les sources scientifiques et logiques de l’optimisme de toutes ces Autorités qui n’ont depuis cessé de clamer haut et fort l’autosuffisance en riz pour 2017 jusqu’il y a seulement quelques mois. A eux également d’apprécier sur la base de ce seul indicateur si elle sera au rendez-vous en 2019.

Donnez-nous donc d’autres statistiques W. Diouf, et d’autres preuves de mensonge suivront. Mais dans votre prochain texte, si vous avez le courage d’en produire, prenez au moins la peine d’être dans le sujet.
Je ne sais dans quelle école vous avez fait vos humanités, mais vos professeurs ont du être bien désolés de vous lire.
Un dernier conseil : pour le Sénégal et vos concitoyens, souvenez vous que vos fonctions sont techniques, elles ne sont pas politiques.
Ibrahima DIALLO
Agro-économiste
Analyste des marchés agricoles

PS : cher docteur, donnez-vous la peine de lire le rapport du Club travail et Vertu consacré à la question et qui visait à aider le Gouvernement à mettre en œuvre les bonnes mesures pour au moins se mettre dans la voie de l’autosuffisance en riz, plutôt que de s’en tenir à des déclarations politiques irréalisables sans prise de mesures adéquates. Là est l’action citoyenne et patriotique : refuser le mensonge, mais contribuer pour aider.
Sachez enfin que le PNAR a existé avant vous et avant le PRACAS, mais à l’époque les décisions étaient prises hors tout caractère politique et sans grand fracas.
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