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La voix du peuple est à la ‘‘dictature’’ ce que le feu est au bois !

L’expression de la démocratie se manifeste de diverses manières, mais il faut comprendre qu’elle est parfois lente, titubante  mais très efficace contre les pouvoirs autoritaires qui s’entêtent à ne pas respecter la volonté populaire.

Malgré tous les moyens d’information et de propagande dont l’Etat dispose, le peuple parvient toujours à trouver les moyens de résistance. Il entreprend une entreprise de déconstruction du discours livré par  le pouvoir en place. Tous les  Etats mettent en place  des stratégies pour faire valoir l’idéologie  du  régime politique  choisie(le socialisme, le libéralisme, le régime présidentiel, l’oligarchie, la monarchie etc.). Ils  font avaler une certaine idéologie au peuple pour saper leur conscience et faire exécuter leurs projets.  Le peuple procède  à la manière du feu, lentement mais sûrement, dans son entreprise de déconstruction et de désinformation  du discours propagandiste du régime en place. Au Sénégal, par exemple, des slogans  tels que «  la patrie avant le parti », «  une gestion sobre et vertueuse » ont tant séduit le peuple. Mais nous constatons qu’ils perdent de plus en plus de valeur car ils sont remplacés par le parti avant la patrie, une gestion sombre et vicieuse etc. C’est parce que le peuple s’est rendu compte qu’il existe un grand fossé entre les slogans et la réalité.

Il n’est pas évident de comprendre comment un peuple qui confie pratiquement tous ses moyens (l’armée, la police, la gendarmerie, les renseignements généraux, les  fonds politiques, la caisse noir etc.) à l’Etat, peut–il déstabiliser celui-ci. Pour comprendre cela il faut convoquer le philosophe, économiste et jurisconsulte français, Jean Bodin (1529-1596) qui disait « le peuple est une bête à plusieurs têtes, sans jugement et sans raison ». Pour cet éminent théoricien même si le peuple est mal organisé, il constitue une force extraordinaire car il agit sans logique, sans une méthode planifié en amont, il agit de façon spontanée  à partir de ‘underground’ et nous constatons que le peuple est devenu aguerri d’autant plus  qu’il a accès à l’information avec les réseaux sociaux, la télévision et les radios communautaires dans les zones les plus reculés.

La voix du peuple est inaudible, elle murmure, elle est faible car elle est parfois étouffée par les moyens de l’Etat mais elle parvient tôt ou tard à se faire entendre et finit par prendre le dessus sur toute autre voix car elle est véridique, elle est libre.  Elle s’élève crescendo, à la manière du feu  qui  commence avec de la fumée, qui gène, irrite, et prend parfois du temps à s’attiser selon la qualité du bois. Le travail est à la fois minutieux et  spontané selon l’apport du vent et c’est là où réside son efficacité, d’ou l’action du feu qui jaillit par des étincelles d’abord et consume les petits brindilles et finit après  par  dégrader et par faire des ravages enfin de tout carboniser sur son passage.  Son  action est irréparable, tout le monde se souvient du printemps arabe, le M23 au Sénégal, l’éviction de Yaya Diamé en Gambie etc.

Contrairement à l’Etat, le peuple, faute de moyens, n’a pas encore trouvé son mode d’organisation. La multiplicité des entités indépendantes ne joue pas pour l’instant en sa faveur. Nous pouvons identifier parmi ces entités : les chômeurs, les diplômés-chômeurs, les étudiants, les enseignants grévistes, les partis d’oppositions, la société civile, tous les oubliés de ce régime. Le peuple n’a pas de moyens mais bénéficie du soutien indéfectible des medias de contestation, les organisations internationales et les ONG qui luttent pour la défense des droits et les libertés des personnes. Bref; le peuple est nulle part et partout.  Le peuple peut porter les exigences de la démocratie car il est constamment victime  de la dictature d’un individu ou d’un clan.

Le moteur du peuple réside dans  sa détermination et sa volonté à faire bouger les frontières poreuses du népotisme, de la dictature, de la violence étatique etc. par un rapport de force qui devient la seule alternative face à la cristallisation des problèmes. C’est pourquoi sa réaction est égale à l’injustice dont il est victime, et les braises sont aussi incandescentes que  les manifestions, les sit-in, le saccage des biens publics, injures à l’endroit des institutions de l’Etat entre autres.

Dans ce cas de figure, le peuple est obligé de lutter pour reprendre ses droits. Aujourd’hui, plusieurs Etats se ventent de la démocratie, formellement ils sont des démocraties mais fondamentalement ils ne sont rien d’autre que des ‘dictatures douces’.  Pour ne pas aller loin, au Sénégal il y a,  en réalité, une centralisation du pouvoir, le pouvoir exécutif étouffe tous les pouvoirs qui sont à la merci du chef de l’exécutif. Il est clair qu’il y a une main mise forte du président dans plusieurs dossiers de la justice.  C’est le danger avec un régime présidentiel. Je pense qu’il urge de corriger l’erreur historique qui est corollaire au conflit entre le président Senghor et  Mamadou Dia. Les litiges politiques priment toujours sur l’intérêt collectif  et  malheureusement le peuple continue de payer le prix.

Pour  remettre notre pays sur les rails du développement il faut impérativement diminuer les pouvoirs du chef de l’exécutif au profit du pouvoir législatif, l’assemblée nationale doit s’inspirer  des grandes démocraties parlementaires comme la Grande Bretagne où les deux chambres (the house of lords and the house of Commons) cohabitent harmonieusement au parlement. Cela permet de réduire les dérives d’une majorité mécanique dont jouit le camp présidentiel.

Ce combat pour la restauration des droits et libertés des citoyens n’est  que le début d’une longue lutte pour allumer  « le feu sacré de la liberté »  à toutes les couches de la société.

 

Kanel le 16 mai 2018

 


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