ACT SENEGAL

L’intégrité, l’éthique et la transparence face aux paradigmes quelque peu désuets du secret et de la confidentialité

Il est totalement inadmissible de refuser le droit à la parole, à la publication d’un ouvrage ou d’articles dès lors que les propos ou contenus n’iraient pas dans le sens des paradigmes que les hommes et femmes installés au pouvoir cherchent à imposer. Ces derniers, plutôt que de proposer des arguments de haut calibre par le biais d’articles ou d’ouvrages, réagissent par des invectives, font déchirer les affiches publicitaires d’ouvrages, ou même prônent la guillotine (CF notre article précédent Adversaires ou ennemis ? Ce que j’ai appris et comprisi !) En réalité, sacraliser le secret et la confidentialité en toutes circonstances, est probablement la ruse de manipulateurs qui ont des choses à cacher, tout comme donner un sens arbitraire à la notion d’homme d’Etat (Voir mon article en ligne sur ce thème sur plusieurs plateformes Politiciens et hommes d’Etat. A vous de choisir ! ) C’est aussi aller à l’encontre d’un nouveau monde qui se bat pour progresser en dépit de vieux et persistants paradigmes et dictateurs. Ces derniers sont d’ailleurs parfois jeunes par l’âge mais puisent leurs réflexes dans des pratiques d’autres temps. En dépit de ces entraves maintenues par certains, l’éthique, la transparence, l’intégrité constituent de nouveaux paradigmes de plus en plus dominants. Ils ne peuvent être refusés que par la mauvaise foi et la volonté délibérée d’agir dans une direction qui leur est contraire. Le crédo de la performance éthique En définissant l’éthique, il serait possible de mettre l’accent sur quatre pôles :  La vérité, la question étant qu’est ce qui est juste/normal de faire ?  Les comportements individuels derrière lesquels se posent la question : comment devrait-on se comporter comme individu ?  L’intégrité personnelle qui conduit à se poser la question comment suis-je perçu par les autres ? Comment me regardent-ils ? Quel est l’impact de mes décisions ? Quelle est l’image que mon comportement renvoie aux autresii ?  Les comportements collectif de la société, ce qui pose l’équation d’un compromis tolérable, incontournable, minimal entre les membres d’une société, d’une organisation. Au demeurant, la notion de performance n’est plus l’atteinte de résultats stricto-sensu. Le modèle de la performance éthique s’affirme. Il a le mérite non seulement de corréler la planification stratégique à un système de mise en œuvre par des plans annuels de performance, mais aussi d’instituer tout un système d’information transparent de restitution publique des performances constitué d’indicateurs et de rapports et de déclarations de performances publics, auditables, voire audités. C’est comme cela, qu’ailleurs, les individus et les peuples avancent vers l’excellence. En fait, ce nouveau modèle de performance éthique a connu des développements importants en intégrant les défis de la gouvernance d’entreprise, du management des risques, de la conformité (GRC). Ceux qui avancent et sont transparents empruntent l’ère d’un management public soumis au double étau de la surveillance par la gouvernance (conseils, comités, régulateurs, etc.) et par les surveillants de l’intégrité et la transparence que sont les inspecteurs générauxiii les auditeurs internes, les investigateurs, les évaluateurs des interventions publiques. Ceux-là, comme à Singapour, avec Lee Kuan Yew ont su agir fermement sur les 4 leviers que sont « réformer la bureaucratie, Zéro corruption, la méritocratie avant tout, investir massivement dans l’éducation » en donnant toujours luimême l’exemple. Rien à cacher, il faut agir et transformer !Gouvernance d’entreprise et gouvernance publique Un exemple est la gouvernance d’entreprise (terme restrictif, à mon avis, par rapport aux spécificités du secteur public) qui invite à revisiter le secret et la confidentialité pour les pays en retard, attachés aux alibis de la mal-gouvernance. En effet, là où le leadership est soucieux de s’ajuster, les réformes ont concerné le fonctionnement des conseils d’administration renforcés par divers comités d’audit, de compliance, des rémunérations, des risques tandis que leur pouvoir de surveillance du management exécutif s’est considérablement accru. Des manageurs, on exige des résultats, mais une performance éthique, surveillée, dont ils doivent rendre compte, de façon publique. Ainsi, sur cette lancée d’une gouvernance publique réformée, la surveillance est revue et les surveillants (inspecteurs généraux, auditeurs, investigateurs, évaluateurs) assujettis par des chartes d’audit et des codes de déontologie travaillent de façon formalisée par les normes et bonnes pratiques internationales. (Voir la réforme de 2011 de la France en matière d’audit interne dans le secteur public, de la Belgique de 2012, par exempleiv) Au-delà des paradigmes, l’affirmation de nouvelles démarches et outils Le mouvement brièvement décrit ci-dessus a conduit à l’implantation de nouveaux programmes et outils dans plusieurs pays et organisations :  des programmes d’intégrité et d’éthique approuvés par des gouvernements et les organisations publiques, voire par des entreprises privées et cet égard des stratégies et politiques de construction d’organisations résilientes à la fraude, aux abus, aux gaspillages et à la corruption ;  des lois sur la transparence et la liberté de l’information ;  le secret et la confidentialité comme exception et la publicité, la transparence, l’éthique et l’intégrité comme principes ;  l’affinement des typologies et cas de violation de l’intégrité (corruption pots de vins, népotisme, fraudes comme cas de tromperie pour un gain et des profits personnels, cadeaux et conflits d’intérêts, etc.)  la possibilité pour les citoyens d’intervenir pour défendre la transparence, l’intégrité et l’éthique par le Whistleblowing (laceurs d’alerte), les hotlines, la capacité de se porter partie civile à leurs risques et périls et le Quitam, des plantes citoyennes, etc. ; C’est ce moment-là que choisissent les antidémocrates pour vitupérer ceux qui se consacrent au contraignant exercice de l’écriture d’un livre avec violence et sans aucune élégance. Le cœur et l’esprit La gouvernance et la performance éthiques reviennent à accepter que les manageurs publics et les gouvernants, les politiques, mais aussi les « politiciens » sont des serviteurs qui ont pensé qu’ils avaient cette vocation à gouverner, à diriger et qui ont été finalement élus. En s’engagent dans cette voie, une série de vieilles sagesses s’imposaient à eux : « L’honnêteté est la meilleure des politiques », « Je fais ce qui est juste, ce que je crois juste ». Les profils de candidats à la politique et leurs affidés incarnent-ils ces principes au quotidien et dans leurs cœurs et esprits ? Les modèles ont changé et doivent continuer à changer là où le retard est encore énorme… En effet, tout un mouvement de formalisation tend à fortifier la coexistence équilibrée entre la gouvernance, le management, la surveillance et nous rappelle les bons vieux principes de la morale, de l’éthique, de l’intégrité, du leadership. Au fond, nous ne sommes pas obligés de reprendre le vieux droit public administratif français que certains comme moi ont appris il y a plus de trente ans et qui n’est qu’un modèle parmi tant d’autres ; il faut des élites et des citoyens décomplexés, ouverts aux pluralités de ce monde, capables de repenser par euxmêmes et pour eux-mêmes, confiants en eux-mêmes et qui ne recherchent des alibis dans de vieux modèles et paradigmes désuets. En ce sens, il est temps d’écrire et de réécrire encore… « L’unanimisme tue la créativité. » Or, la démocratie, le moins mauvais des systèmes, dit-on, est le règne des opinions différentes, malheureusement, fussent-elles les plus saugrenues. C’est alors étonnant que dès que quelqu’un adhère à un autre camp, l’on s’agite, insulte alors que probablement cela ne changera rien aux convictions de ceux qui ont déjà choisi et adhéré à un camp en fonction de critères. C’est le signe inquiétant d’une certaine immaturité morale, intellectuelle, de la pensée, de gens qui n’auraient pas dû être sur le terrain politique, car finalement discréditant la noblesse de la politique elle-même. Etrangement, ils sont récompensés de telles incongruités. Qui se ressemble s’assemble ! Dans un monde où les paradigmes et les bonnes pratiques précités s’affirment, étrangement, l’agitation serait un ascenseur ailleurs. Au fond, à ce stade de notre développement accaparé par de tels profils, le grand et vrai débat est plutôt la transparence, l’intégrité et l’éthique comme principes directeurs et socles de vraies réformes à finaliser, l’exigence de nouveaux profils notamment politiques. Mais il faut avoir des arguments ; il faut convaincre et la force ne donne pas ce privilège ; elle est aussi incapable d’interdire de penser, donc d’écrire dans un monde où le web a tué le monopole de la propagande à moins d’user de la violence systématique et physique. Combien de fois a-t-on rappelé que cela demande un vrai leader, leadership, éthique, civique, transformationnel et intègre, adepte de la performance éthique, de l’inclusivité et de la transparence, qui a déjà fait ses preuves? Car il est difficile de croire à et de vérifier des promesses de gens dont on ne connaît pas exactement leurs grands accomplissements du passé. Encore des erreurs à l’horizon avec cette rengaine : on se savait pas, on s’est trompé, on n’avait pas le choix ! Il y a là tout un champ de perspectives pour le leadership qui veut avancer et mobiliser les gens vers la croissance et le développement inclusifs.

Abdou Karim GUEYE, ancien Directeur général de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Sénégal

Inspecteur général d’Etat à la retraite. Auteur et consultant international en gouvernance des organisations, gouvernance publique, réformes des Etats et des administrations publiques

Conseiller en gouvernance publique – ACT


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