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Réponse à Dr Abdourahmane Sarr

Personne n’en disconviendra : assurer le développement inclusif du Sénégal passe forcément par la réduction des injustices et inégalités sociales, fréquentes, criardes et de plus en plus insupportables

Engager le processus vertueux d’inclusion exige la prise en compte de paramètres essentiels à la construction d’une nation et d’un Etat moderne, eux-mêmes identifiés dans le cadre d’une vision politique trop souvent enfermée dans des idéologies par souci de commodité et parfois de paresse intellectuelle : le recours au dogme est toujours plus facile que la réinvention au profit d’un contexte particulier comme doit être considéré tout groupe d’hommes et de femmes dans un espace géographique et temporel donné.

Plutôt que le choix idéologique a priori, choisissons de chercher réponse aux questions essentielles :

  • faut-il plus d’Etat interventionniste ou moins d’Etat et mieux État, et quelles institutions devraient le constituer comme garantes de l’expression des libertés publiques, sociales, économiques et judiciaires?
  • faut-il s’inscrire dans les règles d’une économie communautaire encadrant notre besoin d’intégration en zone UMEOA et CEDEAO, ou bien faut-il vivre en autarcie?
  • faut-il privilégier la course vers des chiffres de croissance macroéconomique aisément manipulables ou ré-ajustables, ou faut-il aller vers une croissance contenant davantage de qualité, respectant l’environnement et le savoir-faire local, mesurée au nombre de personnes extraites de la pauvreté ?

 

Ce ne sont là que quelques unes des questions pouvant sous-tendre la construction d’une vision politique. Celle de l’ACT pourrait s’exprimer très simplement comme suit : comment rendre possible l’intégration de la citoyenneté dans la gestion courante des affaires publiques pour plus d’inclusion et de justice sociale ?

 

Le projet de société que promeut le discours du Président Abdoul Mbaye prononcé à l’occasion du congrès du 30/09/2018 de l’Alliance pour la Citoyenneté et le Travail (ACT) apparaît comme celui d’une démocratie sociale, combattant l’exclusion, où le citoyen est placé au cœur des politiques et actions publiques, est présent dans la gestion courante des affaires publiques dans le cadre d’une décentralisation repensée pour devenir réelle, et s’approprie les leviers économiques pour s’assurer un bien-être social, avec comme postulat de base le travail récompensé selon l’effort fourni.

Vient ensuite le principe de solidarité indissociable de la notion de citoyenneté par lequel « ceux qui peuvent » aident d’autres concitoyens. Ce sera le rôle du service civique d’y préparer le plus tôt possible. C’est la responsabilité de l’Etat de l’organiser par l’égalisation des chances par les études et la formation, par la santé et la disponibilité des services de base essentiels.

Cette vision recentre l’institution dans son rôle d’arbitre et garant des sécurités et des équilibres sociaux…oui à la reconnaissance de la solidarité nationale pour les couches vulnérables et défavorisées , oui à une politique redistributive des fruits de la croissance, par l’accélération et l’augmentation des politiques scolaires et de formations universitaires et postuniversitaires, oui à une santé pour tous, oui à toute politique de lutte contre la faim mais aussi de toute autre forme d’insécurité physique et psychique des personnes. Pour y arriver il est impératif de reconnaître l’existence d’une base économique locale et de rechercher sa mutation par la modernisation de ses process et de ses modèles de financement. La modernisation suppose recherche systématique de valeur ajoutée locale, de préférences accordées par la commande publique aux productions locales organisées.  L’option est aussi de substituer la logique de grands travaux à haute intensité de main d’œuvre à celle de grands projets, souvent éléphants blancs.

  1. Abdourahamane Sarr, analysant le discours de notre compagnon Abdoul Mbaye lors du congrès du 30 septembre 2018, a émis une analyse critique sur les mauvaises pistes que l’ACT pourrait emprunter en se donnant comme référence première l’échec du Yoonou Yokete du candidat Macky Sall.

Ce faisant M. Sarr se trompe plusieurs fois :

Le programme du candidat Macky Sall en lequel  le Premier Ministre Abdoul Mbaye croyait et qu’il s’est efforcé de mettre en œuvre avec talent et brio n’a pas échoué. Il a été abandonné par le candidat devenu Président. C’est le sens qu’il faut donner à la première partie du discours de Abdoul Mbaye : un bon programme c’est très bien ; mais restaurons d’abord les valeurs pour que les engagements pris pendant les périodes électorales soient respectés et que le Sénégal tourne définitivement le dos au déni et au mensonge politiques.

 

Par ailleurs, le programme présenté par Abdoul Mbaye le 30 septembre 2018 va bien au delà des quelques engagements du Yoonou Yokete. Et puisque nous régissons à un texte d’économiste, il est regrettable qu’il n’ait pu identifier ne serait-ce que la présence dans le programme de l’ACT du souci de reconstruire l’économie du Sénégal et d’emprunter une route d’émergence par l’évolution de notre artisanat vers la semi-manufacture et la manufacture.

Une lecture moins précipitée du discours de Abdoul Mbaye, permettra à M. Sarr de constater que la question du financement du développement des activités est plusieurs fois abordé : dans les villages de métiers, au profit des groupements de femmes productrices et transformatrices, des jeunes par les formules déjà éprouvées (crédits à taux subventionnés, crédit-bail, capital risque) mais débarrassées de leur contenu politique, par recours au Partenariat Public Privé (PPP) revisité, au regard de la politique d’endettement outrancière conduite par le régime en place et qui limitera les capacités d’endettement du Sénégal dans le futur très proche.

 

Mais chacun aura pu noter la lourde préoccupation de M. Sarr : tout ramener à son éternel dada : la monnaie parallèle comme solution à tous les problèmes de l’économie sénégalaise.

C’est bien cette obsession qui relève du dogme, et non le programme discours du Parti Act, que M. Sarr présente comme une vision socialiste.

Ce faisant il se trompe une nouvelle fois. Le projet ne repose pas sur une logique distributive ou de répartition populiste des fruits de la croissance. Il repose plutôt sur la création de revenus à la base de l’économie. L’économie du Sénégal se trouve caractérisée par la petite taille des structures de production qui la compose : les toutes petites entreprises (TPE) et les PME. La mutation structurelle de l’économie sénégalaise, car c’est bien cela l‘émergence, doit provenir de celle de l’artisanat en semi manufacture et manufacture.

 

Restons par ailleurs prudent pour tout ce qui concerne la rupture brusque avec un système monétaire, certes à améliorer. Mais évitons le choix de l’organisation d’une brutale perte de confiance. Aucune monnaie, aucune économie, ne résisterait à une telle option. Et les indispensables réparations prendraient bien de temps à celui devant être consacré au traitement des nombreuses urgences.

Annoncer la sortie de la zone CFA, c’est s’exposer à une sortie massive de billets vers les autres pays de l’UEMOA entre deux tours et peut être même avant. C’est prendre le risque de mettre toutes les banques en cessation de paiement en quelques jours, car conséquence de retraits massifs à leurs guichets.

Cette fuite de billets vers les autres pays de l’UEMOA, et notamment les pays voisins du Sénégal, constituera autant de créances sur notre pays, et donc une raréfaction de réserves de change pour couvrir nos importations et assurer le service de la dette extérieure.

La faillite de l’Etat sera toute proche et sans doute inéluctable.

La vraie solution se trouve donc dans une démarche prudente, faite de négociations avec l’ensemble des partenaires concernés par le franc CFA. Cette négociation devra porter sur les aspects politiques et émotifs tout comme sur les questions de fond. Les sujets seront : la dénomination de la monnaie commune, la question de la gouvernance de l’Institut d’émission commun, la question de la parité de notre monnaie et de la garantie de cette dernière ainsi que de la contrepartie de la garantie qui aura été renégociée.

Ce nouveau consensus communautaire est nécessaire dans l’attente de la réalisation de la monnaie unique en zone CEDEAO.

 

CCACT.

 

 

 


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Yaye Fatou SARR